Dans cette parcelle de colza de Jouy-sous-Thelle, Justine Daquin regarde les espèces prises au piège. «Mouches, abeilles: tout est normal.»

Justine Daquin, observateur pour le Bulletin de santé du végétal, surveille l’état sanitaire des cultures. Les changements de climat sont propices au développement des maladies.

Le rituel se répète tous les lundis. Justine Daquin, se rend dans deux parcelles d’un agriculteur de Jouy-sous-Thelle afin de surveiller l’état du blé et du colza. «Quand il fait beau, c’est un vrai plaisir d’effectuer les prélèvements. Bon, l’hiver, sous la pluie, dans le vent, on finit par avoir les doigts gelés.» La jeune femme se dirige vers une vasque en plastique jaune remplie d’eau, qui dépasse juste les pousses de blé. Dedans, quelques insectes morts. «Je regarde l’évolution des populations de ravageurs. Pour les blés, ce sont les pucerons ou les cécidomyies. Des moucherons orange, si vous préférez. Je fais les mêmes prélèvements sur le colza.» Si d’importantes colonies sont détectées, l’agriculture devra utiliser un fongicide pour s’en débarrasser.

Après les insectes, place aux maladies. Avançant en diagonale dans la parcelle, Justine récupère une vingtaine de maîtres brins (les tiges principales). En examinant les feuilles, elle détecte la présence d’infection des plantes.

Ces dernières semaines, le climat est propice au développement des maladies. «Après une période de sécheresse, l’eau est finalement arrivée. Nous sommes sous un régime d’averses successives, avec 10 minutes tous les deux jours. Il n’y a pas de danger immédiat mais nous devons rester vigilants.»

Le seuil d’alerte n’est pas atteint

Justine saisit un plant. «On en est au stade du gonflement. La dernière feuille est sortie et l’épi grossit à l’intérieur de la plante.» Des taches orangées avec de minuscules points noirs sont apparues sur une feuille. La plante est malade. «C’est la septoriose. On en observe pas mal dans les blés.Jusqu’à un certain seuil, ce n’est pas grave. D’ailleurs aujourd’hui, il n’est toujours pas atteint.» Si le niveau d’alerte venait à être franchi, les agriculteurs devraient agir sous peine de voir leur rendement baisser. « On surveille six maladies. Les plus fréquentes sont la septoriose, la rouille jaune et l’oïdium. En France, toutes ces maladies sont contrôlées. On ne souffre plus de grandes épidémies qui ravageaient les cultures.»

Justine fait partie d’une équipe de cinq personnes de la chambre d’agriculture de l’Oise. Ces observateurs du Bulletin de santé du végétal (BSV) maillent le territoire isarien et remontent leurs constatations au niveau régional. Tous les mardis, le bulletin paraît sur le site de la Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de Picardie (Draaf).

«Le but du jeu est d’optimiser l’utilisation de produits comme les fongicides, d’économiser de l’argent sans limiter les rendements. Et puis c’est meilleur pour l’environnement.» Les cinq observateurs alimentent aussi une messagerie technique, payante cette fois: Info-plaines.

Les chambres d’agriculture ne sont pas seules à surveiller les champs. Les organismes qui stockent les récoltes possèdent leurs observateurs. «Le retour des professionnels est bon. Les agriculteurs semblent satisfaits des informations données dans le bulletin.» À Jouy, chaque lundi, Justine Daquin discute avec le propriétaire de ces parcelles. «Il arrive même qu’il m’appelle en semaine, quand il remarque un problème.»

PIERRE SAULNIER

Source: le courrier Picard 16/05/2012